Bruxelles subventionne 2 millions d’euros l’étude réalisée par un chercheur basé en Australie d’une langue aborigène parlée par seulement 2 500 personnes.

Question de Dominique Martin à la Commission européenne.

Bruxelles subventionne 2 millions d’euros l’étude réalisée par un chercheur basé en Australie d’une langue aborigène parlée par seulement 2 500 personnes.

Les entreprises basées en France sont de plus en plus nombreuses à rechercher des collaborateurs capables de travailler en anglais. Mal maîtriser cette langue peut donc être un frein à l’insertion professionnelle, en particulier pour les plus de 40 ans. La France occupe l’avant-dernière place en Europe, seule l’Italie, faisant un peu moins bien[1]. 74% des étudiants français voudraient améliorer leur anglais[2].

 

Pourtant Bruxelles a préféré allouer 2 millions d’euro à un chercheur né en Australie pour l’étude de langues inconnues[3] (Murrinh-Patha[4], Siwu[5], Lao[6], Kri[7], Cha’palaa[8], Duna[9] et la langue argentine des signes). Cette étude a notamment permis de montrer que lorsqu’un Argentin montre un visage sidéré[10], son interlocuteur répète la phrase précédente car il a compris que l’autre n’avait pas compris[11]. Cette étude a même obtenu un prix Nobel parodique en 2015[12].

 

Suite à cet investissement, quels ont été les résultats concrets pour les chômeurs européens ?

 

Le 28 août 2018, le Parlement européen a interdit que les eurodéputés français présentent des amendements en français sur le rapport « Emploi et politiques sociales de la zone euro ». De nombreux documents parlementaires ne sont reçus qu’en anglais. Quand la Commission utilisera ces fonds pour traduire les documents qu’elle envoie au Parlement européen ?

[1] http://focuscampus.blog.lemonde.fr/2017/11/09/maitrise-de-langlais-la-france-stagne-a-un-niveau-mediocre/

[2]https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=2ahUKEwiX2J6TmIjeAhVHZ1AKHRgsC3YQFjAAegQICRAC&url=http%3A%2F%2Fec.europa.eu%2Fcommfrontoffice%2Fpublicopinion%2Findex.cfm%2FResultDoc%2Fdownload%2FDocumentKy%2F82898&usg=AOvVaw2mpNj33ySIQSrE1QaO13Hd

[3] https://www.mpi.nl/institute/research-departments-groups/sociality-and-language-use

[4] Langue aborigène parlée par 2500 personnes.

[5] Langue de l’Est du Ghana

[6] Langue du Laos

[7] Langue du Laos

[8] Langue du Nord de l’Équateur parlée par 10 000 personnes

[9] Langue de Papouasie

[10] Freeze look

[11] Manrique, E., & Enfield, N. J. (2015). Suspending the next turn as a form of repair initiation: Evidence from Argentine Sign Language. Frontiers in Psychology, 6: 1326. doi:10.3389/fpsyg.2015.01326. more >

[12] http://nickenfield.org/huh/ Ig Nobel Prizes

Réponse donnée par M. Moedasau nom de la Commission européenne (21.12.2018)

 

L’Union européenne soutient l’apprentissage des langues étrangères par ses citoyens, au moyen du programme Erasmus et d’actions menées dans le cadre de ses politiques. L’une des dernières initiatives majeures dans ce domaine consiste dans l’adoption, en mai 2018 par la Commission, d’une proposition de recommandation du Conseil qui vise à améliorer l’enseignement et l’apprentissage des langues[1].

 

Depuis sa création au titre du 7e programme-cadre de recherche (7e PC, 2007-2013), le Conseil européen de la recherche (CER) soutient l’excellence dans la recherche, en suivant une approche «centrée sur le chercheur» et en permettant aux chercheurs de trouver de nouvelles pistes de recherche dans tous les domaines, en dehors de toute ingérence politique. Les projets financés par le CER sont censés mener des recherches novatrices et repousser les frontières de la connaissance, en suscitant de nouvelles découvertes susceptibles de servir de base à de nouvelles industries, à de nouveaux marchés et à des innovations sociales plus larges.

 

L’évaluation ex post du 7e PC[2] a confirmé que les projets menés par le CER et les chercheurs qu’il emploie figurent parmi les plus performants dans le monde en termes d’impact scientifique.

 

Le seul critère d’évaluation des propositions CER est l’excellence. Cette évaluation est réalisée par des scientifiques renommés et des universitaires sélectionnés par le Conseil scientifique du CER [3]. Le projet «Human Sociality and Systems of Language Use» a fait l’objet, dans le cadre de l’appel à propositions CER lancé en 2009 pour l’octroi de subventions de démarrage, d’une évaluation au regard de critères définis par le Conseil scientifique dans le programme de travail 2009 du CER. Dans ce domaine scientifique, le projet a donné lieu à des conclusions innovantes étayant l’hypothèse selon laquelle l’interaction sociale des humains est régie par des principes d’interaction essentiellement universels, dans toutes les cultures. Ces conclusions contribuent à la compréhension des mécanismes d’acquisition des langues et peuvent donc être utiles à l’élaboration de stratégies pour l’apprentissage d’une deuxième langue. Les résultats du projet sont décrits dans 74 publications, dont 26 revues à comité de lecture. Un article publié dans PLoS One[4] a suscité une couverture mondiale dans des médias réputés et a donné lieu au «prix Ig-Nobel» qui récompense les réalisations qui «font rire le public puis le font réfléchir», éveillant ainsi l’intérêt du public pour la recherche. Les conclusions susmentionnées ne sont qu’une partie des résultats finaux du projet qui ont été jugés excellents.

 

[1]    Proposition de RECOMMANDATION DU CONSEIL relative à une approche globale de l’enseignement et de l’apprentissage des langues – COM(2018) 272 final – 2018/0128 (NLE).

[2]    https://ec.europa.eu/research/evaluations/index.cfm?pg=fp7

[3]    Articles 15 et 17 du règlement (UE) nº 1906/2006 du Parlement européen et du Conseil.

[4]    «Is Huh? A Universal World…», PLoS One Vol. 8/11, novembre 2013.